Isabel Duperray

Winterreise

Proposé par Juliette Fontaine

Isabel Duperray est une artiste peintre française dont le travail explore la relation intime entre le corps et le paysage. Son œuvre s’articule autour de la représentation du paysage comme un corps vivant, où des éléments naturels se confondent à des formes anthropomorphes. Elle utilise divers supports et techniques, tels que la peinture, le dessin, le monotype, la photographie pour créer des œuvres qui dialoguent avec les lieux et les matières. Sa démarche artistique est profondément ancrée dans le réel et cherche à établir une connexion sensible avec le monde environnant. Roches anthropomorphes ou corps minéralisés, elle creuse une ambiguïté qui renvoie à la métamorphose. Les analogies visuelles entre le corps et les éléments naturels amènent le regardeur à modifier sa perception et le met en face du paysage comme un corps blessé, du paysage comme « chair du monde ».

Expositions et publications récentes : 2025 Pièces d’été, Malbuisson Art et Fantasia Liberty à Syracuse. 2023 Hors-saison au 32, Saint-Etienne. 2022 Corps à corps, Musée Camille Claudel, Paris. 2021 résidence à la Fondation Claude Monet, Giverny et Corps nouveaux, curatrice Marguerite Pilven, CAC La Traverse. 2017-2018 exposition personnelle Saisons, peinture, miroirs, Musée de la Roche-sur-Yon, avec la parution d’une monographie aux éditions Lienart. 2014 Figure(s) et Paysage(s), Domaine de Kerguéhennec et Paysage peint – Nature rêvée, Musée La Cohue, Vannes. 2013 Les Dormeurs du Val, expositions à Limoges, Tulle et Vitry sur Seine avec la monographie Champs de Bataille aux éditions Lienart.

instagram.com/isabel.duperray | isabelduperray.com

La série Winterreise, des paysages en neige et en chair d’Isabel Duperray

« Et puis vinrent les neiges,
les premières neiges de l’absence,
sur les grands lés tissés du songe et du réel »
Saint-John Perse, Neiges, dans Éloges,
Paris, Gallimard, coll. « Poésie », 1960

Le titre Winterreise de la très belle série d’Isabel Duperray est emprunté doublement à Frantz Schubert et ses Lieder, ainsi qu’aux textes du poète Wilhelm Müller, matière textuelle de la composition musicale du premier. Dans les mots douloureux de ce Voyage en hiver, Schubert semble se regarder en miroir. Il y trouve la langue viscérale du furieux désespoir dans lequel il s’est figé transi durant cet interminable hiver de 1827. Le musicien romantique excelle à chanter les mouvements subtiles de l’âme d’un homme épuisé en errance. Cette conception sentimentale de l’œuvre n’est pas tout à fait étrangère à la démarche d’Isabel Duperray, mais je crois qu’elle ne voudrait jamais s’y abandonner, mue par une certaine répugnance aux œuvres délivrant un message. Nous sommes loin de tout ce blanc hivernal étendu comme une plaine-solitude. L’hiver de l’artiste déborde d’ardeur et d’une énergie véritablement jouissive.

Son travail se réalise à partir d’une photographie d’un point de vue sur un paysage que l’artiste a souvent arpenté. Elle en a eu une profonde expérience physique. Représenter un paysage s’éprouve avec un désir de contact avec le lieu, une nécessité de le traverser et de s’en imprégner. La rencontre avec cette forêt en montagne où coule une rivière convoque avant tout une connaissance sensible, une mémoire physique.

Les plis multiples de ces sites sont autant de courbes érotisées, de sinuosités incarnées, charnelles. Il y a là une logique. En effet, si le choix de la technique a été infusé par la découverte tonnante des somptueux monotypes d’Edgar Degas, les Winterreise se font jour après la création par l’artiste d’autres monotypes autour du corps, inspirés de Gustave Courbet, de Véronèse, de Corrège et d’autres dont – comme le dit l’artiste elle-même – « le propos érotique latent montre des corps contenus par la nature ».

Entre le dessin, la peinture et la gravure, la technique du monotype par sa spécificité même produit une image incertaine, composite, hybride, tout en restant à chaque fois une trace unique, une impression singulière. Isabel Duperray excelle dans cet exercice d’autant que ces paysages d’hiver – ses Winterreise – se situent clairement entre paysage et corps comme nous venons de le voir. Une forte et très perceptible sensualité est avivée par l’empreinte de ses doigts. L’artiste dessine directement avec ses mains sur la surface d’encre, avec également un chiffon et un stylet. Dans des gestes à la fois précis et rapides dans leur exécution, chaque tirage est le prolongement de son corps. Il s’agit de préserver quelque chose de cette immédiateté et de cette légèreté premières qu’est le simple geste d’appliquer la pointe des doigts sur la plaque noircie. Ce geste que nous pourrions caractériser rapidement d’enfantin et de « préhistorique » n’en demeure pas moins une troublante survivance du toucher. Dans une apparence de fausse simplicité, il n’est pas anodin car il inscrit une marque pérenne. De plus, il devient une mise en abîme : c’est une empreinte sur une empreinte, la technique du monotype étant un transfert. Dans un autre ordre d’évidence, au-delà de la plaque sensible sur laquelle se dessine le motif, la neige du paysage représenté devient un réceptacle des traces de la main de l’artiste, à l’instar de l’omniprésence de celles des animaux dans la nature l’hiver.

Enfin, nous plongeons dans les ourlets blancs des diverses versions du paysage, dans ses plis ronds et mamelonnés. Des circonvolutions y palpitent, elles évoquent parfois quasiment des viscères, comme si nous regardions à l’intérieur d’un corps blanc non sanguinolent. Dans une réelle organicité des formes, ces paysages ne sont plus seulement le sujet du monotype, mais ils semblent être le lieu d’une confidence, une géologie de l’intime. Ils ne sont en rien pittoresques, ni rattachés à leur genre pictural mais ils décèlent avant tout une exigence intérieure. Ils sont l’aboutissement d’un souvenir perçu d’abord par le corps. L’artiste parle d’une « lutte entre la vitalité et l’abandon ». L’espace du dehors rejoint l’espace du dedans.

Juliette Fontaine, février 2026

Série de 10 reproductions de monotypes, 2026.
Impressions jet d’encre Epson P20000 sur Hahnemühle Photo Rag 308 g, dim. 31,5 x 42 cm. Édition de 30 + EA, numérotés et authentifiés.

110,00 

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