Le Journal de Vassilis Salpistis

Par Juliette Fontaine, avril 2025

Voir l’artiste et l’œuvre sur le site de Pandore Éditions :
Vassilis SalpistisJournal 2024

Cette série de dessins constitue un journal au sens strict car elle relève d’un geste quotidien, d’une relation presque intime, d’une sorte de rituel. Ce protocole scandé est également en résonance avec une recherche récurrente dans la pratique de l’artiste : l’expérimentation fructueuse d’un certain épuisement. Il se plie à cette respiration matinale, il s’incline à cette cadence répétée dans le mouvement du temps, à cette exigence quotidienne.

Cette série est un journal d’images, et non pas de mots griffonnés ou de phrases structurées. Tous les matins, Vassilis Salpistis fait un dessin dans un carnet dédié à cet exercice. Il tente alors de figurer l’image la plus prégnante du jour précédent, après une nuit de sommeil durant laquelle le cerveau a fait secrètement « sa cuisine » et l’inconscient son travail pusillanime de tissages complexes. Cette image de la veille est alimentée de sources très diverses : un mot, un dialogue avec une personne, une émotion, une sensation, un souvenir, une réminiscence du passé… Ainsi le dessin dévoile une image profitablement lacunaire, en partie imaginée ou fantasmée, creusée dans la matière mouvante de la mémoire. C’est comme un récit dans lequel des éléments autobiographiques se tisseraient à des ingrédients fictionnels, inextricablement mêlés ensemble, façonnant ainsi une langue sincère, généreusement humaine, audible par toutes et tous.

Aussi, la palette des techniques employée est large et riche. Comme une mémoire qui archive, elle s’est nourrie avec le temps. Cette fertilisation invite à des changements de « styles » du dessin, ces derniers élaborant un glissement, un pas de côté salutaire pour éviter l’enfermement de l’image. Un hors-champ. Au fur et à mesure de ce projet, le potentiel d’un fil narratif est apparu, le passage d’une page à l’autre s’est alourdi de sens, le cadrage de l’espace du dessin s’est écrit, chacun présupposant autant de passerelles possibles.

Ici le choix des dessins est tiré du journal de l’année 2024.

https://youtu.be/vv7hTNkp68o

Juliette Fontaine, avril 2025