Fanny Terno, Les Fleurs de Sachiko

Par Thierry Fournier
Voir l’artiste et l’œuvre sur le site de Pandore Éditions :
Fanny TernoLes Fleurs de Sachiko

Le projet photographique et curatorial Les Fleurs de Sachiko propose une double expérience de relation entre une artiste, une œuvre et son milieu. L’artiste a proposé à Sachiko, une amie et complice (délibérément anonyme) de réaliser des photographies de son environnement avec un appareil photo jetable et a ensuite constitué ces images en une série :

« Dans le cadre du projet Shashin-an que je menais à Izu, j’ai envoyé un appareil photo jetable à Sachiko, habitante du village d’Ōkubo. Je voulais savoir ce qu’elle jugeait « digne d’être photographié ». Très vite, elle m’a renvoyé de nombreuses images des fleurs de son jardin, parfois tenues dans sa main pour mieux les montrer. Elle joignait aussi systématiquement le nom scientifique de chaque fleur, noté sur des post-it ou du papier à lettres. De ces échanges est née la série Les Fleurs de Sachiko, qui n’est pas seulement un portrait intime mais une tentative de documenter un milieu (風土, fûdo) à partir de son centre vivant, à travers le regard de celle qui l’habite, plutôt que par la seule vision de l’artiste. »

La pratique artistique de Fanny Terno vise à inscrire la pratique de l’image dans l’attention des êtres vivants à leurs milieux. Elle mène dans ce sens des recherches en France puis au Japon, à la suite de son intérêt notamment pour les travaux philosophiques de Tetsurô Watsuji (Fûdo, le Milieu humain) et Augustin Berque. Fanny Terno cherche à instaurer un dé-paysement du regard : « réinventer un système d’attention entre les choses regardées, les regardeur·euses et l’infini qu’il y a entre et tout autour : le milieu ». Cette approche la conduit à proposer des protocoles, des méthodes d’observation ou de relation aux milieux qui l’entourent. Artiste et chercheuse, elle est titulaire d’un doctorat en art en 2024 à l’Université d’Aix-Marseille & l’École nationale supérieure de la photographie d’Arles : Images de la mésologie, mésologie de l’image.

Elle a cofondé et mené de 2016 à 2024 le binôme d’artistes Disconoma avec Thomas Vauthier, qui ont initié de nombreuses expériences de création avec le milieu en France puis au Japon, allant de la photographie à la performance en passant par la création d’objets et l’élaboration de situations et d’architectures éphémères, ancrées dans leurs contextes : autoconstruction d’un pavillon de thé et observatoire vers le mont Fuji (Shasin-an), création d’une expérience performative hybride entre studio d’artiste, izakaya, centre de recherche et espace d’exposition (Living Yokocho), etc.

Thierry Fournier, octobre 2025